 VÉRITÉS SUR LES TAUX DE CRÉDITS BANCAIRES AU CAMEROUN
Bien que présentant les meilleures offres dans la zone Cemac, les banques du pays son sans pitié pour les Pme et les particuliers. Experts et observateurs avertis de la scène économique camerounaise sont formels : les taux de crédits pratiqués par les banques sont prohibitifs. Mais un récent rapport de la Commission bancaire de l'Afrique centrale (Cobac), le gendarme du secteur bancaire dans la zone Cemac, tend à mettre un bémol à ce tir groupé contre les banquiers camerounais accusés de freiner l'investissement, non seulement en compliquant l'accès au crédit au moyen de conditions rigides, mais aussi en pratiquant des taux d'intérêts élevés.
En effet, publié le 12 janvier dernier, ce rapport de la Cobac révèle que depuis 2009, les banques camerounaises pratiquent des taux d'intérêts bien meilleurs que toutes les institutions bancaires (44 au total) des autres pays de la Cemac, en ce qui concerne les crédits amortissables.
C'est ainsi, par exemple, que le taux moyen en vigueur au Cameroun a culminé à 9,3% en 2010, c'est-à-dire loin de la moyenne de 11% observée sur l'ensemble de la zone Cemac. Le Cameroun est d'ailleurs le seul pays à être en dessous de cette moyenne communautaire, puisque tous les pairs de la Cemac culminent à des taux d'intérêts hors taxes de 11% (Centrafrique, Congo et Guinée Equatoriale) à 12% (Tchad) et 13% (Gabon).
L'on note cependant que par rapport à l'année 2009 au cours de laquelle le taux d'intérêt bancaire moyen pratiqué au Cameroun était de 8,7%, le crédit s'est renchéri de 0,6% en 2010 ; tandis qu'au Gabon, par exemple, le taux d'intérêt bancaire moyen sur les crédits amortissables augmentait de 2,2% sur la même période.
Ce renchérissement du crédit bancaire au Cameroun en 2010 est, selon la Cobac, venu mettre un terme à la tendance baissière observée depuis 2006, année à laquelle ce taux est parti de 15,8% à 11,6 (2008), puis à 8,7% (2009). A côté des taux d'intérêts pratiqués par les banques dans la zone Cemac, le rapport de la Cobac révèle une forte tendance de ces institutions à desserrer l'étau de la cherté du crédit autour des grandes entreprises au détriment des particuliers et, surtout, les Pme pourtant unanimement présentées comme le moteur de la croissance économique.
Risque
«Les particuliers auxquels les banques ont accordé 16,3% et 23,8% des concours en 2009 et 2010 ont payé aux banques 15,8% et 17,4% d'intérêts respectivement en 2009 et 2010. Les entreprises de grands standings d'après la classification interne propre à chaque banque ont payé 8,5 et 8,3% respectivement en 2009 et 2010. Le segment des Pme quant à lui est tarifé à 9% en 2009 et 11,3% en 2010. Ce sont donc les particuliers et les Pme qui ont subit le renchérissement du crédit dans la zone Cemac», fait remarquer la Cobac.
A en croire cette même institution, «le renchérissement du crédit pour les particuliers et les Pme serait lié à la crise financière internationale [de 2008] qui a contribué à accroître les risques sur le marché. Il [le risque] a été amplifié par ailleurs par l'accroissement des besoins de liquidité des Pme, notamment dans le contexte de baisse des recettes d'exportations».
Il n'en demeure pas moins que ce penchant des banques pour les grandes entreprises disposant pourtant d'une large palette de marges de manoeuvre en matière d'accès au crédit, plombe d'une part l'activité économique principalement concentrée dans les Pme, et d'autre part le pouvoir d'achat des ménages, principaux consommateurs des produits et services des entreprises. Cette situation pourrait bien expliquer la modicité des taux de croissance économique enregistrés dans la zone Cemac depuis des années.
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