Klara Kunde ( une chanteuse) , Nadia Samory, une militante upéciste ardente et Tchou-Tchou, le petit nom que lui donna son père ... Puis elle fini par être aussi "problémos" Voila en gros notre invite, Mme Suzanne KALA-LOBE .
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Cameroun Service:
Qui est Mme Suzanne KALA-LOBE ?
Suzanne KALA-LOBE : Tout dépend si ce que vous voulez savoir, c'est la manière dont est déclinée mon identité sur mes pièces administratives ou alors si vous voulez avoir une appréhension psychologique de ma personnalité ou une information sur la profession que j'exerce, ou mieux sur la femme que je suis, et la fille de son père et de sa mère. Les femmes quand il faut se présenter sont filles de... mère de quelqu'un ou épouse de l'autre. Moi je m'appelle simplement Suzanne Bema Kala-Lobè. J'ai hérité de ce patronyme dès mon enfance, mais par la suite les activités de ma vie, m'ont amené à emprunter d'autres identités avec des acronymes et des pseudonymes. j'ai été tour à tour Klara Kunde ( une chanteuse) , Nadia Samory, une militante upéciste ardente et Tchou-Tchou, le petit nom que me donna mon père ... Puis j'ai fini par être aussi "problémos"... mais rassurez-vous : je n'étais pas exactement un bout de chou . Mais j'avais des jolies joues bien rondes. Etes-vous satisfait ? Sinon, tant pis, vous vouliez savoir qui je suis. Découvrez-moi sous ces pseudonymes.
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C. S.: Qu'est-ce qui vous a poussé dans la communication ?
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Suzanne KALA-LOBE.:Rien de bien conscient ni même d'explicite. Mais plutôt une combinaison de circonstances, de facteurs et une formation polyvalente. Linguiste de formation, j'aime les mystères de la langue. Des langues. J'aime les entendre chanter et deviner ce qu'elles transportent de rêves et d'utopies des hommes. J'aime donc ce véhicule premier de communication, ce lien social. Puis le militantisme : convaincre les autres et les persuader que le monde doit changer de base. Ensuite les sciences politiques que j'ai étudiées au CEAN. Je pense que la communication a su mobiliser toutes mes trajectoires et c'est dans ce domaine qu'une telle pluralité peut le mieux s'exprimer. Mais ce n'était pas ma
vocation .
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| J'aurais voulu être une artiste et une chercheure... Mais la vie en a décidé autrement. Parce que j'ai toujours refusé de faire le métier de journaliste ou d'enseignante : ma mère était enseignante et mon père journaliste. En choisissant pourtant de faire de la linguistique, j'allais tôt ou tard les rattraper. En réalité, c'est la mort de mon père qui m'a définitivement rivée aux métiers de la communication, depuis mon retour au Cameroun. D'abord chroniqueure , ensuite reporter culturel, analyste à La Nouvelle Expression ( depuis 1991) puis éditorialiste et présentatrice de deux émissions à la FM 93 ( Equinoxe radio)(2002-2008) conceptrice, productrice et animatrice de l'émission Actu(2004-2009) et aujourd'hui présentatrice de Ma'a Su , à Equinoxe-Tv Cette trajectoire je la dois pour mémoire à mon père . Car lorsque nous sommes arrivés avec son corps en 1991, les villes mortes étaient à leur fin. Avec Béa, mon compagnon, nous sommes allés nous promener pour voir les chars, les tanks, comme on le lisait dans la presse lorsque nous étions à l'étranger. Nous avons vu une ville désolée, en plein naufrage, de tanks point! Dans le même temps, il y a eu deux congrès de l'Upc, en 1991 : l'un a Nkongsamba, l'autre à Bamogoun, près de Bafoussam. J'étais dans l'autre congrès. Celui qui rassemblait les anciens Manidemistes (première version, pas celui dont Abanda Kpama est actuellement président après Banda Kani, et Anicet Ekanet). Célestin Monga me demanda un article sur « ce qu'il se passe à L'Upc »... J'ai écrit un papier de 8000 signes pour raconter l'Upc, ses fractures continues et sa trajectoire en 1991. Avec de très belles illustrations d'un ami, excellent photographe Aristide Esso. Des amis de mon père ont lu l'article. Ils sont revenus vers moi et m'ont dit « continues ..."Ika n'est pas mort » ! Que me restait-il à faire d'autre sinon, que de me jeter à l'eau ? Mais alors je ne connaissais rien du journalisme. Ni des techniques d'écriture : que ce fut en presse écrite, en radio ou même en télévision. Mais j'étais passionnée et méthodique. Je me suis lancée : et me voici 20 après mon retour au Cameroun, je suis devenue communicatrice ! |
C. S.: Le fait d'être femme a-t-il empêché votre ascension ?
Suzanne KALA-LOBE: Qu'il soit bien clair : « on ne nait pas femme on le devient", disait Simone de Beauvoir. En d'autres termes le statut prétendument inférieur de la femme lui est dévolu par une société machiste. Elle organise cette infériorisation (notez , je dis bien infériorisation, c'est à dire que c'est bien un mécanisme pensé par d'autres et non pas un atavisme biologique ou atavique) de différente manière notamment en excluant les femmes de la scolarisation, en les endoctrinant pour leur apprendre à n'être que soumises à... Or moi, je n'ai pas été élevée comme cela.Je n'ai donc pas vécu comme un(e) être soumise. J'ai assumé mon identité de citoyenne et je n'ai jamais accepté d'être mise au rebus, si je ne le méritais pas Je n'ai donc pas su ou vu si on me bloquait essentiellement parce que je suis une femme. Non. J'ai été bloquée freinée même à l'accès à des postes de responsabilités au sein de l'Upc notamment parce que j'étais indépendante, irrévérencieuse et têtue. Peu de qualités que l'on tolère chez une femme. C'est paradoxale n'est-ce pas ? Mais ce sont les contradictions de la société patriarcale dans laquelle nous vivons tous. Mais non, je n'ai pas été bloquée parce que je suis une femme. Puisque je n'en suis pas une : je suis une humanoïde. Un être humain tout simplement !
C. S.: A votre jeune âge quel fut votre modèle ?
Suzanne KALA-LOBE.:Je ne me souviens pas avoir eu explicitement un modèle : j'avais plutôt autour de moi des exemples : d'intelligence, de beauté, de passion, de courage, d'érudition, de persévérance, d'exigence, de détermination, de liberté, d'indépendance etc ...Ils sont nombreux et il y aussi bien des hommes que des femmes. Mais j'ai été fascinée par Angela Davis, quand j'avais 17 ans. Par Eldrige Cleaver, Malcom X. (le mouvement noir aux Etats-Unis), Steve Biko, Solomon Malhangu, Aretha Franklin, Otis Redding, Myriam Makeba, Anna Zingua, Djeki la Nyambe. Rudolph Douala Manga Bel. Ernest Ouandié un, peu moins Um Nyobe. Frantz Fanon, Web Dubois, Alice au Pays des merveilles. Fanta, un personnage de Sembene Ousmane, dans "Les bouts de bois Dieu». Bref, il y en a eu des tonnes. Mais je ne voulais ressembler à personne : je voulais que chacun me donne un peu de son talent. J'ai réussi à attraper d'eux et d'elles ,quelques qualités qui font de moi une femme polyvalente!
C.S.: Les promoteurs ou pouvoirs publics en charge des médias, accompagnent-ils les journalistes dans leurs projets ?
Suzanne KALA-LOBE: Permettez que je zappe cette question, parce que je ne la comprends pas.
C.S.: Le concept d'une émission comme Actu, ne colle-t-il pas avec la ligne éditoriale d'Equinoxe ?
Suzanne KALA-LOBE: Là n'est pas le problème. «ACTU' » est mort avec le départ de mon collègue et mon retrait de Canal 2. Il me fallait repenser à autre chose et me repenser en télé. Alors je suis « Ma'a Su ». Et Zéro Makabo, à l'émission « Droit de réponse », à ETV, où je joue à Madame Sabi All avec un rôle de censeur... Je pontifie et distribue des points, surtout des mauvais, en somme chaque fois qu'un média maltraite les faits, je le gratifie d'un « zéro makabo »... Comme un malus quoi! Le but du jeu : amener la profession a plus de responsabilité, d'impartialité (ou d'équilibre) de précisions, bref de professionnalisme. Quand j'ai fini de le faire mes confrères et consœurs m'insultent sur le net en écrivant « pour qui elle se prend celle-là » ? Ou m'ignorent en regimbant cependant. Moi je me dis, que je suis journaliste senior, je ne dois rien à personne, même si j'ai des comptes à rendre!
C.S.: Le journalisme camerounais présente-il bien l'image du pays hors de ses frontières ?
Suzanne KALA-LOBE: Hum, ça c'est une question un peu foireuse. Parce que il y a dans la démocratie, l'obligation de pluralisme : il y a donc ceux qui critiquent la politique de Paul Biya et ceux qui le soutiennent. Critiquer la mauvaise politique d'un pays, ce n'est pas souillé l'image du pays. Le problème vient parce qu'il n'y a que de politique dont on parle, mais pas forcément de la richesse des hommes et des femmes. Il n'y a pas comme ailleurs de succès stories. C'est dû aux circonstances, notamment aux conditions de naissance des médias privés et de la contestation à l'époque. Depuis il n'y a pas encore vraiment eu de "réconciliation" autour d'un Manifest Destiny pour le Kamerun. Cependant il y a une raison beaucoup plus profonde : c'est le regard que les africains ont sur eux-mêmes et sur leur continent. Certes les médias ne sont que le prolongement de l'expression ou opinion, des groupes qu'ils représentent, dont ils sont en quelque sorte les porte-paroles. Leur ligne éditoriale reflète les partis pris idéologiques et les choix de société de ceux qui en sont à l'origine. Par conséquent la question n'est pas de promouvoir ou détruire l'image du Kamerun hors de ses frontières. Ce n'est pas exactement leur rôle. Mais celui des publicistes de ceux qui gouvernent. Cela dit le problème vient de loin. L'idéologie tributaire de la division internationale du travail, de l'esclavage, a toujours véhiculé l'incurie des Noirs et la faillite catastrophique du continent. Elle a distillé par tous les moyens une non-conscience du Nègre. Elle a imposé cet afro-pessimisme en inoculant des remèdes qui ne soignent pas mais au contraire aggravent le mal… Dans leur système de pensée, le nègre est infantilisé. Je ne dis pas cela pour excuser la mal-gouvernance, mais pour expliquer que la reconstruction d'un sentiment de fierté national, le désir de faire pour son pays, et grandir avec lui, sont de très long processus. Ils imposent un réel effort, une introspection et une mise en perspective. Nous n'en sommes pas là, par hasard et nous ne nous en sortirons pas par hasard. Je ne m'éloigne pas du sujet. J'en triture seulement les racines ... Nous avons intériorisé le fardeau de l'homme blanc et la malédiction de cham ! C'est tout cela qu'expriment ces récits au vitriol qui véhiculent une sale « image » du pays… Le ton est violent, mais surtout acerbe, désespéré, rageur, impuissant ! C'est vrai du Cameroun, comme de l'Iran, de l'Afghanistan et d'autres pays. Ce qui manque au pays, c'est une Charte de Valeurs partagées, les fondements d'une Nation. L'histoire n'a pas enseigné dans les écoles l'unité nationale. C'est seulement maintenant que l'on se rattrape, en reconnaissant la contribution des Um, Douala Manga Bell autre Madola, à la construction du Cameroun ! Ce qu'il faut bâtir c'est un pacte social articulé autour d'un contrat de confiance qui peut nous unir au-delà des idéologies autour d'une Nation. C'est ce que les médias, surtout audiovisuels peuvent contribuer à tisser s'ils sont malins sans être démagogues. Et donner des références communes du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest. Car les médias sont des organisateurs collectifs. Un espace de construction symbolique et de références.
C.S.: En dehors des studios et des salles de rédaction que faites-vous de votre temps ?
Suzanne KALA-LOBE: Vous voulez dire de ce qui me reste ? Je fais du sport. Je chante, je danse. Je voyage dans le pays. Je marche. Je vais dans les cabarets. Je m'occupe. J'aime bref, je vis comme tout le monde mais à 250 à l'heure !
C.S.: Pensez-vous à la politique dans l'avenir comme on voit chez les hommes ?
Et aussi chez les femmes pourrais-je prolonger... En fait vous voulez savoir si je vais briguer un mandat électif ? Oui bien sûr … celui de présidente de La république, si je ne suis pas frappée par la limite d'âge (je blague bien sûr) !
C.S.: Le cinquantenaire a-t-il eu un impact au sein des populations et dans la Presse privée.
Suzanne KALA-LOBE: A vous de juger et d'observer. Mais sur moi, pas grand-chose. Ce n'est pas ma fête et j'ai eu cinquante ans, il y a sept ans déjà. Alors les indépendances tchatcha, moi, ça ne me fait plus danser.
C.S.: Quels rapports entretenez-vous avec vos confrères et consœurs des médias ?
Suzanne KALA-LOBE: Lisez 237 médias. Et le net... Sinon, ils m'ignorent et affabulent beaucoup sur moi. Mais dans l'ensemble je suis aimable.
C.S.: Quels conseils donnez-vous aux jeunes pour qu'ils suivent vos pas ?
Suzanne KALA-LOBE:Ca dépend dans quel domaine. Il y a des domaines où je me dis, qu'il faut qu'ils cherchent leurs voies, tracent leurs sillons. Mais surtout qu'ils cessent de se laisser infantiliser par une société immature qui se cache derrière son hybridation pour ne pas prendre son destin en main. Qu'ils aient un peu plus de cran. Qu'ils soient têtus, intelligents qu'ils se cultivent. Qu'ils recherchent l'inédit, le meilleur. Qu'ils soient exigeants à tous points de vue...Qu'ils fassent du sport, qu'ils voyagent dans leur pays et en Afrique. Qu'ils émigrent en Afrique du Sud, en Namibie, en Angola au Mozambique. Qu'ils parlent au moins sept langues. Bref, qu'ils soient des hommes et des femmes de leur époque. Enfin last but not the least : qu'ils arrêtent de se farcir le visage de ces crèmes blanchissantes qui ternissent l'éclat de notre si belle mélanine. Et que les filles arrêtent de se déguiser en petites blanches avec des mèches brésiliennes ! Même s'il est vrai que la Coupe du Monde se passe au pays arc-en-ciel
C.S.: Nous vous remercions Mme Suzanne KALA-LOBE.
Suzanne KALA-LOBE: C'est moi qui vous remercie.
Propos recueilli
Par Serge ESSOMBE KUOH
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