Connu pour avoir une population entreprenante, le Cameroun a généré depuis des décennies quelques patriarches, qui trônent sur des pans entiers de l'économie, talonnés désormais par une jeune génération, aux côtés des managers qui bravent la crise pour développer les entreprises sous leur contrôle.
Victor Fotso est assurément l'illettré le plus célèbre du Cameroun. Baptisé « le milliardaire Bandjoun » depuis qu'il est devenu maire de son village natal (il est né en 1926), il n'a que peu goûté aux bancs de l'école de l'administration coloniale, avant de se lancer dans toutes sortes de commerces au fil de ses pérégrinations à travers le pays. Aujourd'hui, son empire dont les ramifications sont un peu partout en Afrique et en France, comprend des industries, banques assurance, plantations, transport aérien, etc. Au Cameroun, il est considéré comme la plus grosse fortune.

Originaire également de Bandjoun, André Siaka, le directeur général de la Société anonyme des Brasseries du Cameroun (SABC) est né le 21 janvier 1949. Sorti de l'école polytechnique en France, il travaille un moment à la Société Générale à Paris, avant de venir intégrer la Société anonyme des brasseries du Cameroun comme gestionnaire des procédés, à l'usine de Bafoussam. Depuis plus de 20 ans, il est devenu le DG de cette entreprise leader de l'industrie brassicole camerounaise (70% du marché des bières, 85% de celui des boissons gazeuses et 75% du marché de l'eau minérale naturelle). Avec 2000 salariés (et 50 000 emplois indirect), 34 000 points de vente et un chiffre d'affaires hors taxes de 200 milliards de FCFA, les Brasseries du Cameroun, filiale du groupe Castel depuis 1990 (mais avec quelques 360 actionnaires camerounais), est la première industrie du pays. André Siaka s'est également distingué pendant quinze ans comme président du patronat camerounais, avant de démissionner, il y a deux ans.
Quant à Paul Fokam Kammogne, il a investi – dans tous les sens du terme – tous les compartiments de l'activité de crédit. Avec succès. Afriland First Bank, sa firme vitrine, se classe parmi les trois premiers du marché bancaire camerounais (4 milliards FCFA de bénéfice en 2009) et ses autres compagnies, tels que Africa Leasing Company ou Cenainvest (capital risque), prospèrent tout autant. Il a également lancé deux réseaux de microfinance déployés dans l'arrière pays. Ce succès dans la finance tend à faire oublier que Paul Fokam est d'abord un propriétaire immobilier, un industriel, un assureur (Saar), le promoteur d'une télévision, Vox Africa , qui émet depuis Londres, le fondateur d'une université et un écrivain, essayiste à succès. Un autre pan de ses activités sont l'hôtellerie, le tourisme, et une agence de voyage administrée par son épouse Julienne.

La jeune génération d'hommes d'affaires a vu émerger Célestin Tawamba, fondateur en 2002 de La Pasta, une usine de production de pâtes alimentaires qui a, par la suite, racheté ses concurrents pour s'imposer comme leader du marché des pâtes de blé (14 minoteries, près de 40 milliards de chiffre d'affaires). Depuis 2006, son groupe Cadyst Invest a connu une extension décisive avec le rachat et la rénovation d'une unité pharmaceutique qui, avec l'aide de banques locales et européennes, a lancé à Douala la Cinpharm, une unité de fabrication de médicaments génériques contre le paludisme et le VIH Sida. A 44 ans, ce diplômé de HEC et de l'Université Paris-Dauphine, ancien superviseur d'audits chez Ernst & Young, vise le marché sous-régional de la CEMAC.
Plus discret, Baba Aladji Danpullo est peu connu des milieux mondains du business camerounais. Et s'il fait des placements judicieux dans l'agro-industrie et dans les médias, il est avant tout un éleveur, qui possède un des plus grands ranchs du pays. Il y a quelques années, il a acheté de vastes plantations, dans le cadre du processus de privatisation.

Il est originaire du nord comme Bayero Fadil, qui a hérité de son père d'un des plus grands groupes industriels du pays, opérant dans la savonnerie, l'hôtellerie, l'agroalimentaire, l'élevage bovin et la communication. Certaines entreprises du groupe sont administrées par les membres de la famille Fadil, d'autres frères étant engagés en politique pour pérenniser la visibilité nationale du nom familial
La famille Mukete fonctionne également comme une SA. Il ont d'abord investi dans un groupe de télévision(STV), une régie publicitaire, avant de prendre des parts dans la compagnie leader de la téléphonie mobile, MTN, dès la création. L'attelage familial est conduit par Colin Ebarko, président de MTN Cameroon, un des firmes les plus rentables du pays, dont il contrôle 30% du capital.
Propriétaire d'une unité d'enfutage de gaz domestiques, Christophe Silienou a également investi dans le secteur bancaire, mais avec un succès moins éclatant. La Société camerounaise de transformations métalliques contrôle près de 60% du marché du gaz de pétrole liquéfié (GPL), gaz à usage domestique au Cameroun. De fait, il régente l'humeur des ménages, et même des autorités, au gré des pénuries de ce produit.

L'assureur Protais Ayangma Amang est aussi propriétaire d'un groupe de presse qui comprend un quotidien et plusieurs publications spécialisées. Ayant fondé la Compagnie nationale d'assurance dans les années 80, il a noué une alliance, il y a deux ans, avec le groupe Colina pour se donner un label et une visibilité internationales. C'est au cours d'un stage qu'il effectue en 1970 dans une compagnie, qu'il découvre le secteur. Quatre ans plus tard, il consacre son mémoire de licence en droit à ce secteur, se fait recruter la même année dans une compagnie publique en création, où il restera cinq ans, avant de prendre la tête d'un cabinet de courtage, puis de fonder, en 1985, la première compagnie d'assurance à capitaux privés nationaux d'Afrique noire : la Compagnie nationale d'assurance. Devenue la Citoyenne Assurances en 2001, cette entreprise a rejoint le groupe Colina en 2005. Protais Ayangma est le directeur Afrique centrale du groupe Colina.

A côté de ces hommes d'affaires, il y a des managers de grands groupes, qui ont su imposer leurs entreprises sur l'échiquier national. C'est le cas de la Cameroon Development Corporation, dirigée par Henry Njalla Quan. Avec quelque 15000 employés, la CDC, qui est le plus gros employeur du pays après l'Etat, possède de vastes exploitations de plantations d'hévéa, d'huile de palme et de banane, ainsi que quelques unités de transformation.
Toujours dans l'agro-industrie, Louis Yinda, le PDG de Sosucam, a fini par fondre son image avec celle du groupe qu'il dirige. Filiale du groupe français Vilgrain, Sosucam représente quelque 30000 hectares de plantation de canne à sucre et 200 000 tonnes de sucre produits annuellement. Ce qui lui donne une domination incontestable sur le marché du sucre dans la sous-région.

Adolphe Moudiki, lui, dirige depuis 1993 l'entreprise publique la plus juteuse pour l'Etat. La Société nationale des hydrocarbures, créée en 1980, pour gérer les intérêts de l'État dans le secteur pétrolier. Par ces temps de difficultés de trésorerie, la Snh parvient à renflouer les caisses de l'Etat avec des versements annuels moyens de 500 milliards FCFA. Magistrat et ancien ministre, Adolphe Moudiki a su mener la réforme de la législation pétrolière dans un contexte de baisse de la production, pour améliorer les gains de la firme étatique
Source: Les Afriques |